Presse 2019-05-15T17:46:57+00:00

LA COMMUNAUTÉ LE VENT BLEU dans les médias

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Madame Network : que dire au travail si j’ai une maladie grave ?

Par Lucile Quillet

Vous avez 40 ans, une belle carrière et… un cancer. Faut-il le dire à votre employeur ? Quels sont vos droits ? Un coach et une avocate nous répondent.

Vous avez mené votre barque fièrement, d’années en années, de promotion en promotion. Et puis voilà que la maladie frappe votre vie. Vous avez face à vous plusieurs mois de traitement et d’opérations à venir. Votre quotidien en sera bouleversé, c’est sûr. Au travail, vous êtes partagée. D’une part, la maladie est un poids bien assez écrasant dans votre vie pour vous encombrer de faux semblants : vous voulez lâcher prise et assumer en vous confiant à vos collègues. D’autre part, vous redoutez d’être mise au placard et injustement cataloguée « malade vulnérable ». L’avocate spécialisée en droit du travail Brigitte Karila et la coach experte dans la gestion de la maladie Géraldine Magnier Deblaye nous éclairent.

Aucune obligation d’informer votre employeur

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, vous êtes complètement libre de dire ou non à votre employeur si vous avez une maladie grave. Le secret médical l’emporte. « Seuls, vos arrêts de travail suffisent à justifier vos absences, explique Géraldine Magnier Deblaye. Dans certains cas, le nom de l’institut ou du spécialiste qui vous prend en charge peut être suggestif ».

Choisissez les personnes auxquelles vous en parlez

 L’arrêt maladie n’empêche pas le licenciement

Vos collègues sont parfois bien plus que des collègues. Après plusieurs années de travail côté à côte, il arrive qu’ils soient devenus des proches. Là encore : la balle est dans votre camp. « À chacun de fixer sa frontière entre l’intime et le public, assure Géraldine Magnier Deblaye. Si la relation est bonne et que le contexte s’y prête, il n’est absolument pas déconseillé de parler de sa maladie à ses collègues. Parfois, pour ceux qui restent en poste, il est très difficile de cacher une leucémie, avec la perte de cheveux, de sourcils… ». Toutefois, choisissez bien les oreilles prêtes à accueillir la nouvelle d’une façon bienveillante et positive. « À l’annonce, certaines personnes vous voient déjà grabataires, cadavériques ou morts, fuient, ou vous racontent les histoires de cancer de leur famille. D’autres vont être plus compréhensives, empathiques, notamment celles qui seront aussi passées par là ».

Certaines personnes estiment au contraire qu’elles ont tout intérêt à ne rien dire. « Ce genre de cas advient pour celles qui sont en conflit avec leur manager, ou alors lorsque l’entreprise est en pleine restructuration, délocalisation. Elles ont peur de perdre leur travail », témoigne Géraldine Magnier Deblaye. Et pour cause : dire qu’on a un cancer, par exemple, ne protège pas plus que l’arrêt maladie, c’est à dire très peu. « L’arrêt maladie n’empêche pas le licenciement, même si évidemment, la maladie ne peut être le motif du licenciement. On peut être viré pour motif économique par exemple », certifie l’avocate spécialisée du droit du travail Brigitte Karila.

Savoir ce qu’on veut dire et ne pas dire

Vous avez décidé d’informer vos collaborateurs les plus proches et votre chef. Toutefois, tirez les choses au clair auparavant : que voulez-vous vraiment dire ? Si vous êtes prête à parler de la maladie, vous ne souhaitez pas pour autant entretenir une conversation régulière à son sujet. Assurez-vous que vous gardez la maîtrise sur l’information. La curiosité ou la bienveillance pourraient pousser vos collègues à vous questionner toutes les semaines sur l’avancée de votre traitement, par exemple. Une fois votre annonce faite, clarifiez vos règles : « ça ne me dérange pas d’en parler si vous avez des questions » ou « je préfère vous en parler de mon plein gré quand il y aura des choses importantes que je voudrai partager ». Sans oublier de vous assurer de leur discrétion.

Prudence avant d’informer vos clients

Vous avez entretenu au fil des rendez-vous une relation de confiance et de proximité avec vos clients de longue date. Si vous avez envie de justifier votre absence de plusieurs mois, obtenir en amont le feu vert de votre entreprise semble prudent. « Les salariés ne sont pas censés parler de vie privée aux clients. L’employeur peut le lui reprocher si ces révélations ont des conséquences préjudiciables pour lui », précise l’avocate Brigitte Karila.

Dire ce que l’on veut et ce dont on est capable 

Que ce soit pendant votre traitement ou au moment de votre retour, vous pouvez être tentée de faire l’autruche et de ne pas diminuer votre charge de travail. En pensant que la vie peut continuer « comme avant », vous allez surtout vous faire du mal. « On ne peut pas continuer à temps plein, atteste Géraldine Magnier Deblaye. Celles qui se disent « ça va aller » ou « je verrai bien » risquent de retomber au bout de quelques temps. Pour revenir, il faut en avoir envie, être motivée et lucide sur ses capacités. On peut ré-intégrer l’entreprise avec une visite de pré-reprise, un temps partiel thérapeutique, adapter le poste et les responsabilités en fonction de la personne. Ce sera gagnant-gagnant, et pour le salarié et l’entreprise ».

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Retravailler après un cancer, un défi

C’est un enjeu du plan Cancer, dévoilé ce matin : un retour au travail facilité pour les patients.

Le plan Cancer ne se résume plus à la seule prise en charge de la maladie. La réintégration dans le monde professionnel après le traitement est aussi l’un de ses principaux enjeux. Un retour chez les actifs souvent difficile alors qu’il concerne de plus en plus de personnes puisque le taux de guérison est en constante progression. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : 67% des malades touchés par un cancer sont à leur poste deux ans après le diagnostic et 8 salariés sur 10 retravaillent après la maladie.

Niché dans la maison des patients de l’Institut Curie à Saint-Cloud (Hauts-de-Seine), un atelier de coaching professionnel prépare des femmes en rémission à cette rentrée autant attendue que crainte. Une expérience que les professionnels de santé aimeraient voir se développer grâce au plan Cancer.

Ce jour-là, elles sont six autour de Géraldine Deblaye, leur coach. Pendant quatre heures, elles vont se parler et anticiper les difficultés qu’elles seront amenées à rencontrer. Après huit mois d’arrêt pour lutter contre son cancer du sein, Laurence, cadre dans les ressources humaines, s’apprête à retrouver son bureau. « La coupure avec le travail a été dure, souffle-t-elle, mais maintenant que la date de retour approche, la tension monte un peu. Je vais reprendre à temps partiel, en douceur. Ce mi-temps thérapeutique est prévu pour au moins trois mois. Ce qui est certain, c’est que je ne veux plus avoir la tête dans le guidon… ou dans mon PC plutôt. Les contraintes financières existent, bien sûr, mais le travail n’est plus toute ma vie », témoigne cette femme.

Nicole, tombée malade en novembre 2012, la rassure. Elle qui a été la première du groupe à reprendre son emploi, il y a quelques semaines. « Tu es bien organisée. Je pense que tu es prête », lui sourit cette chargée de relations clientèles. « Le premier jour est celui des retrouvailles, c’est après qu’il faut tenir, poursuit la coach. Vous toutes allez semer des petits cailloux dans le monde de l’entreprise. Et n’oubliez pas le camembert! ». Le camembert? Une astuce pour laisser une juste place à la vie professionnelle, la vie personnelle et au sacro-saint « temps pour soi ». « Le cancer est une expérience violente », atteste Monique Sévellec, la psychosociologue, à l’initiative de cet atelier et chez qui passent d’abord les patients avant le suivi d’un éventuel coaching. Car tous n’en ont pas besoin. « Ils s’interrogent beaucoup : je ne suis plus celle ou celui que j’étais avant mais qui suis-je aujourd’hui? Il y a beaucoup d’échec de la reprise lorsque celle-ci n’est pas préparée, s’ensuit parfois une dépression et c’est la double peine. »

Dans cet atelier, seules des femmes sont présentes. Quid des hommes? « Ils demandent peu à être soutenus, constate Monique Sévellec. Mais s’il y a des demandes, nous les accueillerons… »

Lien de l’article :
http://www.leparisien.fr/espace-premium/air-du-temps/retravailler-apres-un-cancer-04-02-2014-3557195.php